Damien Sorrentino fait parti de ces artistes qui aujourd'hui "passent à
l'acte" et s'investissent dans la mission étrange de rendre possible l'expérience
des idées, des plus banales aux plus sophistiquées.
Sa démarche se compose de ramifications diverses, ses oeuvres se
nourrissent de différents champs d'actions tels que la science, l'architecture, la
musique. Ses travaux cristallisent le croisement de différents regards. Il perce
des brèches tout en confèrent son autonomie à chacun des camps. Sa démarche
intègrent de nombreux matériaux tels que le son, la photo, le numérique, le
dessin qui préludent à la mise en forme d'installation. Il accorde beaucoup
d'intérêt à l'idée de processus, passage d'une idée à sa réalisation. Pour la
galerie du Collège Marcel Duchamp, il a réalisé des volumes qui développent une
acuité au lieu et lu confère un état ambiant particulier. Inversant le sens
habituel de la circulation, il invite le spectateur à emprunter le chemin qui
mène de la petite salle à la grande salle. Ce parcours permet l’accès direct
dans l’espace (petite salle) qui fut son atelier, le temps de sa résidence,
et qui est pensé comme le cerveau de l’installation. Ce lieu est rythmé par des
volumes qui évoquent une ville, dont l’extension nerveuse serait dans l’autre
pièce. Six monolithes blancs, extrudés des plafonniers transforment l’éclairage
de la pièce en le diffusant vers le sol. D’une extrême sobriété, ces objets sont
insaisissables de part leur statut ambivalent, proches à la fois du design, de
la sculpture et de l’architecture, ils sculptent l’éclairage et créant une
proximité au corps.
Leur fait écho un volume « meuble-immeuble » qui questionne notre
rapport à l’échelle et à la perception dont les glissements de sens sont induits
par le titre même de l’oeuvre. Il donne vie à un espace intérieur, que l’on peut
sonder du regard par les ouvertures, d’où affleure une sensation de corporalité,
due à la présence de débris de plâtre. Est-ce une mémoire du passé ou un lieu en
attente ?
Le rythme et l’axe des volumes ouvrent une perspective sur un
environnement fait de pulsation rythmiques, colorées et sonores. L’écran
panoramique situé au fond de la pièce, composé de centaines de clignotants de
voitures, capte le regard. Ils fonctionnement en mode aléatoire, que l’artiste
définit comme une représentation analogique d’un banc de sardines qui transpose
la sensation hypnotique d’un flux autoroutier. Ce mur tableau d’une étonnante
présence physique, irradie tout l’espace dans une relation au temps.
Cette
installation inscrit le spectateur dans un environnement physique et sensoriel.
Cette vision exacerbée du rapport à l’homme à son environnement, entre utopie et
réalité, sous-tend tout un jeu de perceptions équivoques.
Nathalie Cécardin, Directrice de l’Ecole des Beaux-Arts de
Châteauroux.